Jeanne Morel revient sur son expérience en impesanteur

La compagnie Vulpes avait été retenue dans le cadre de l’appel à projets Hors lieu pour participer à la prochaine résidence en impesanteur de l’Observatoire de l’Espace en octobre 2016. Jeanne Morel a volé à bord de l’Airbus A310 Zéro-G accompagnée de Paul Marlier qui était resté au sol. Cette expérience donnera lieu à la création d’une proposition artistique au prochain festival Sidération et d’une contribution dans la revue Espace(s) 14. Jeanne Morel nous livre ici ses premières impressions.

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Notre travail se séparait en deux points, l’action de la micro gravité sur le corps dansé et le dessin généré par le danseur en vol. Le corps en micro-pesanteur n'est plus ni enveloppe ni canal, il devient mouvement. Il est la traduction instantanée d'un flux que, dans un espace de gravité, l'on imagine comme intime. Il est le dessin de cette soutenable légèreté.

L'absence d'effort à la naissance du mouvement offre à la danse un écho encore inconnu. Contrairement à la chorégraphie en milieu aquatique et sous-marin, le corps n'est pas porté. Il est accompagné. Accompagné par un partenaire invisible et délicat. Accompagné par cette presque absence de poids.

Les gestes se créent sans efforts - non sans amorces - mais il y a une concentration nouvelle dans la préparation du corps. Une simple tension musculaire, un simple spasme permettra le déplacement du danseur dans l'air. L'espace n'est plus figuré et ce terrain libre doit être apprivoisé pour pouvoir y danser.

Le tracé du corps en micro-pesanteur offre un panel de vecteurs libres et continus. Pas de secousses, pas d'accrochages mais une liberté pour dessiner. Une liberté de générer. Le dessin de la danse en micro-pesanteur est un cocon, une dentelle, une partition de sigles convexes et reposants, un mandala numérique qui en devient langage. Nous avons trouvé dans cet espace nouveau une harmonie des arts où l'éphémère est vecteur et où l'immatériel se codifie. Le danseur extrude un air aussi léger que lui pour sculpter et donner à voir cette danse indélébile.

Cette expérience en vol fut certainement la plus bouleversante, la plus incroyable et la plus nécessaire qui m’ai été donné à vivre pour ma carrière de danseuse et pour ma vie de femme. Il y a dans l’indicible liberté un challenge, une petite mort et une (re)naissance nécessaire à nos lointaines utopies.



Airbus Zéro-G