Carnets spatiaux

Le 19 mars, à l’occasion de la sortie du n°4 de la revue Espace(s), une grande soirée-évènement s’est tenue au siège du CNES à Paris, point de départ de la transformation de ce lieu en « une maison de rendez-vous, où l’Espace serait à la fois Belle de jour et Belle de nuit ». Sacré programme !

Dès 19h30, le flot des invités s’est déversé sur le marbre du hall d’accueil du CNES, flânant quelques instants autour du coin librairie avant de passer « à la question » de Milena, derrière la caméra. « Qu’est-ce que l’Espace pour vous ? » « Un rêve de petite fille » répond l’une, « un endroit mystérieux et un peu dangereux », répond l’autre. Au bar, les auteurs sympathisent, le public prend possession des lieux.

Vers 20h15, tout ce petit monde (environ une centaine de personnes) se dirige vers l’entrée de la Salle de l’Espace, un verre de Brouilly à la main, pour participer à cette grande fête des mots et de la création.

...les invités                    
arrivent au siège du CNES.                  

                    Mercredi 19 mars...

        

 

                    Gérard Azoulay ouvre                     la soirée.


Naissance d’un ovni
Les invités ont écouté Gérard Azoulay, responsable de l’Observatoire de l’Espace et initiateur de la soirée, rappeler la naissance de la revue Espace(s), il y a quatre ans : enfant du mariage de l’univers scientifique et technique du CNES avec l’univers littéraire de la Semaine de la langue française. A chaque numéro, les auteurs sollicités doivent, en plus d’illustrer un mot choisi par la Délégation à la langue française et aux langues de France et d’inclure la thématique spatiale, respecter une contrainte de forme : cette année, le choix du carnet. Au final, dix textes originaux réalisés, dont cinq seront lus au cours de la soirée. Gérard Azoulay a également évoqué les nouvelles rubriques de la revue Espace(s) qui font la part belle aux artistes. Parmi eux, Didier Petit, violoncelliste et « show man » de cette soirée, conduit la rubrique « Auditorium », soit le premier CD qui donne à « entendre » l’Espace…

Délire orbital
« Pour mettre cette soirée sur la bonne orbite », la projection du court-métrage dadaïste d’Antoine Defoort et Marie-Charlotte Moreau, La fusée, illustrait l’arrachement à la Terre et la traversée des différentes couches de l’atmosphère : cinq minutes de franche rigolade pour toute la salle ! Didier Petit et son violoncelle délirant ont enchaîné, improvisant sur le mot « apprivoiser » avant la lecture de la nouvelle correspondante par son auteur, Roger Wallet. Tout au long de la soirée, Didier Petit a réalisé de véritables performances avant chaque lecture, jouant, tapant, pianotant, traînant son violoncelle dans la salle, fendant l’air de son archet, faisant virevolter son corps autant que ses instruments, presque en transe, déclamant ou chuchotant une définition « maison » pour chaque mot !

 
 
 

Roger Wallet, Jean-Bernard Pouy, Patrick Delperdange, Eric Pessan,
Jacques Arnould et David Lespiau, auteurs.

Menu de fête
Jean-Bernard Pouy (boussole), Eric Pessan (passerelle), Patrick Delperdange (visage) et David Lespiau (tact) ont ensuite fait des lectures de leurs textes décalés, à la fois graves et drôles, passéistes et futuristes, scientifiques et littéraires, poétiques et terre à terre, emplis de références culturelles (les tableaux de maîtres chez JB Pouy, la vie du patriarche Jacob chez E. Pessan, les philosophes chez P. Delperdange). Entre chaque récit, des surprises. Le public a ainsi pu déguster un diaporama sur Hammaguir, la première base spatiale française située en Algérie, composé de nombreuses photos d’Henri Cartier-Bresson, ou encore une performance musicale et vocale autour du Somnium (en latin : le rêve) de Johannes Kepler, formidable récit fantastique écrit entre 1620 et 1630. Ce texte, dans lequel un étudiant est transporté de force sur la Lune, défend la théorie de Copernic sur le mouvement de la Terre. Il est considéré comme le premier traité scientifique sérieux sur l’astronomie lunaire !

L’heure des anges
Jacques Arnould, chargé de mission sur les questions éthiques au CNES, a ensuite honoré la salle d’une méditation en résonance avec le texte d’Eric Pessan, questionnant l’histoire biblique de l’échelle de Jacob, « symbole de la quête mystique de celui qui veut que son âme rejoigne le ciel ». Autour d’une question, « le ciel nous est-il ouvert ? », J. Arnould a abordé la notion du sacré comme ce qui peut être transgressé, en donnant l’exemple du lieu du « saint des saints » pour les Juifs, le cœur du Temple de Jérusalem, pénétré une fois par an par le grand rabbin. Puis, reprenant l’idée de l’échelle, il a montré que dans la Bible, les anges qui parcourent cette échelle sont les messagers entre Dieu et les hommes. « Que sont devenus les anges dans l’aventure spatiale ? De patients astronautes, prêts à une vie ascétique pour pouvoir un jour, peut-être, s’envoler… » Et il a conclu par ces mots : « Le ciel nous est bien ouvert, mais pas sans échelle/passerelle, peut-être parce que l’homme n’est pas encore compatible avec le ciel ». De quoi méditer encore longtemps !

 

 

 Didier Petit,
  musicien et
  Pierre   Meunier,
  comédien.
  (Photos © CNES
  Ph.Collot)

 

Monté sur ressort
Dernier des intervenants artistes parmi les écrivains, mais non des moindres, le comédien Pierre Meunier a répondu aux questions de Jacques André à propos de son travail sur l’apesanteur, notamment autour de son court-métrage, ça monte. Cet « objet vidéo non identifié » sur le ressort a bien interpellé le public ! « Je constate l’effort considérable qu’il faut pour se tenir debout devant les autres. Le soir, épuisé, je me couche » a-t-il commencé, faisant éclater les rires. « La familiarité avec l’apesanteur m’est imposée, je suis contraint de résister sinon je suis écrasé. Mais quel effort pour soulever le couvercle ! Du coup, j’ai une sorte de compassion pour le rocher » a-t-il continué, les rires s’exprimant de plus belle. « Je plains les cosmonautes confinés dans des espaces clos, où l’exaltation du corps est impossible. Mais la dimension de l’essor qu’ils incarnent me fait rêver ». Nous aussi, M. Meunier… La soirée s’est terminée avec champagne et petits fours, et chacun est reparti, des étoiles littéraires plein la tête. A quand la prochaine soirée au CNES ?

 

 

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