Arnaud Saint-Martin : sociologue des sciences et techniques

Arnaud Saint-Martin
Photo Raphaël Schneider

Arnaud Saint-Martin travaille sur le projet « Sociologie embarquée en/de l’impesanteur », scindé en deux volets. Le premier propose d’esquisser l’histoire sociale et intellectuelle de la réflexion sociologique sur la vie en impesanteur. Le second volet, plus expérimental pour le sociologue qui le mettra en œuvre, consiste à faire l’expérience de l’impesanteur et chercher à décrire ce moment en ayant recours aux concepts des sciences sociales. Du premier volet sera tiré un article, dans lequel on découvrira les intuitions d’auteurs plus ou moins connus, y compris dans la communauté spatiale. Par exemple, les vues de l’ingénieur, futurologue et auteur de science-fiction G. Harry Stine, qui n’a pas cessé de promouvoir la « colonisation de l’espace », par les stations orbitales et les « colonies » sur la Lune ou sur Mars. Cette « sociologie spontanée » de la vie humaine dans l’espace s’appuie sur des corpus de savoirs, notamment la médecine spatiale. Elle relève de la projection enthousiaste, aventureuse et quasi-religieuse. Des entrepreneurs académiques prolongeront ces vues de l’esprit et proposeront de définir une nouvelle spécialité au début des années 2000, l’« astrosociologie ». Son ambition est d’étudier les aspects et implications sociales, comportementales et culturelles de l’exploration humaine de l’espace et, plus généralement encore, des relations entre les sociétés humaines et l’espace. La sociologie en/de impesanteur est plus conjecturale – et pour cause –, mais elle permettra d’incarner à la première personne ces projections « astrosociologiques ». Le but sera de rendre compte/raison d’une situation dans le court laps de temps du vol parabolique. C’est ainsi que, en théorie comme en pratique, l’on pourrait se donner les moyens de faire de la sociologie des vols habités ou de l’expérience humaine de l’espace autre chose qu’une sympathique spéculation.

Arnaud Saint-Martin est chargé de recherche au CNRS, sociologue des sciences et techniques, et plus particulièrement des activités et technologies spatiales. Il réalise actuellement une enquête sur l’émergence du « NewSpace », avec le soutien du CNES. Entre l’Amérique du Nord, l’Europe et bientôt d’autres régions du monde, il observe « par le bas » – par des méthodes ethnographiques, notamment – les développements de modèles d’organisation et d’entrepreneuriat techno-scientifique, lesquels promettent une transformation radicale de l’économie politique du spatial. Parce qu’il faut savoir mettre un point final (provisoire) à ces prospections, il en tirera un livre. Ce sera la première étape d’un travail plus ample de sociologie historique du champ de l’astronautique depuis les années 1950. Parmi ses dernières publications, un ouvrage collectif co-dirigé avec Ivan Sainsaulieu : L’innovation en eaux troubles : science, technique, idéologie, aux Éditions du Croquant (2017). Par ailleurs, il co-dirige la revue d’études des sciences Zilsel (Science, Technique, Société).