L'invention de l'Espace

Pour le week-end des Journées européennes du patrimoine 2008, le CNES a ouvert ses portes. Il y eut tout de suite du monde pour investir les lieux, et le flot ne s’est pas tari jusqu’à la fermeture. En tout plus d’un millier de visiteurs ont fait le déplacement. L’équipe de l’Observatoire de l’Espace du CNES avait réuni pour l’occasion une superbe collection d’œuvres artistiques, d’objets scientifiques, d’archives audio et vidéo sur le thème de l’invention de l’Espace. Une dizaine de témoins étaient présents pour répondre aux questions des uns et des autres. « Face à ces néophytes ou ces amateurs éclairés, nous assouvissons une énorme soif de connaissance, nous entretenons le rêve, voire nous suscitons des vocations », assura l’un des médiateurs du jour.




Dès l’entrée, un premier carré d’exposition réunissait des objets exceptionnels, témoignant de l’évolution de la notion d’Espace à travers les peuples et les âges : un prototype français de scaphandre de 114 kg destiné aux sorties extravéhiculaires et datant du programme Hermès - « mais il ne pèse rien dans l’Espace ! » rappelle Jacques André, du CNES ; une coiffe d’indiens Kayapo « originaires » d’un autre monde situé quelque part dans le ciel, là où résident les oiseaux ; une statuette égyptienne d’un serviteur-gardien accompagnant le pharaon Ounas (vers 2350 avant J.-C.) pendant son périple dans l’au-delà auprès du Dieu-Soleil Rê, au terme duquel il devait atteindre l’immortalité ; et un écran vidéo proposant des extraits du film Chamans, les voyageurs de l’invisible de F. Bernard et J. Zeïtoun, où nous apprennons que ces sages doivent trouver du gibier, faire pleuvoir, guérir, retrouver des objets perdus ou nommer un enfant en effectuant des médiations avec les esprits lors de transes rituelles, véritables voyages dans l’Espace borné par des « obos », tas de pierres et marques de l’esprit maître du lieu...

Ces premiers éléments donnaient le ton de l’exposition : riche, traversant le temps et reflétant une extraordinaire diversité de pensées sur le rapport des hommes au cosmos. Ainsi, dans une salle à gauche, le visiteur était transporté dans la cosmogonie très originale du Marocain Abdelmajid Mehdi, présentée à travers quelques-uns de ses dessins. L’auteur, un architecte d’une soixantaine d’années, était présent, et expliquait bien volontiers le sens de ses quelques 3000 travaux passés et actuels sur l’esprit humain. Un voyage à lui tout seul !



Dans cette salle, le public pouvait également naviguer de procès-verbaux d’audition de témoins de phénomènes spatiaux non identifiés à la présentation d’Aniara, une odyssée de l’Espace, un ouvrage poétique écrit en 1956 par le suédois Harry Martinson – prix Nobel de littérature – et transposé en opéra dès 1959 sous la direction de Karl-Birger Blomdhal ; en passant par des œuvres d’art contemporain inspirées par l’Espace : hologramme de Lowry Burgess et vidéo d’Ann Veronica Janssens.

Les souvenirs de passionnés
Les témoins de l’aventure spatiale, outre leur savoir particulier, étaient à l’image du public : hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, habitués ou venus pour la première fois. Devant des particules de comètes observables avec un microscope, Lena Leroy et Audrey Noblot, deux jeunes étudiantes au LISA de Créteil, répondaient sans se lasser aux questions d’un adolescent sur la composition des grains, les objectifs de la mission Stardust qui permit de les rapporter, l’intérêt scientifique de cette matière, etc. Plus loin, Daniel Metzlé, un retraité du CNES, présentait l’artiste Raymond Loewy, père du design d’après-guerre et consultant de la NASA pour le dessin des vaisseaux spatiaux, et qu’il avait connu personnellement. Tandis que Christian Gouiffès, astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique, expliquait les fonctionnalités d’Isocam, une caméra infrarouge du télescope ISO, à un géologue australien de passage à Paris.




Peu après, deux dames sortaient passionnées de la salle de projection, après avoir entendu une interview de l’astronaute Jean-Pierre Haigneré : « Il a l’art de parler des choses compliquées de manière très simple ! Comprendre d’où l’on vient, c’est passionnant. D’ailleurs, chez nous, c’est de famille : ma fille, aujourd’hui diplômée en physique chimie, a voulu une lunette pour regarder les étoiles dès ses 8 ans, et mon mari est un fou d’extra-terrestres… » Comme quoi, même sans être formé à l’astrophysique, le public ne vient pas au CNES tout à fait par hasard ! « A nous de nous adapter et de ne pas trop jargonner. Ce n’est pas toujours facile », confiait Christian Gouiffès.

Cette exposition s’articule autour de quatre thématiques, évocations du désir d’Espace qui habite et anime l’Homme. Les objets, œuvres et instruments présentés au sein de chacune de ces sections sont autant de reflets de ce lien universel entre l’Homme, son imaginaire, ses réflexions, ses productions et l’Espace.

Thème 1 : métamorphoses, transformations, expériences

 

 

 


Coiffe Krokroti
des Indiens Kayapo Mekragnoti (Brésil)

© Musée d’Histoire naturelle, Lille

 

 

 

 

Mes premier pas dans l’Espace
par Alexei Leonov
Le Courrier de l’Unesco, Juin 1965. © CNES / Unesco


La statuette égyptienne d’un serviteur-gardien du Moyen Empire, énigmatique passeur vers un autre monde, côtoie et fait écho à une coiffe Krokroti des Indiens Kayapo Mekragnoti du Brésil, vecteur par lequel ces derniers se transforment en oiseaux, ou encore à un scaphandre de sortie extravéhiculaire dans l’Espace.


Thème 2 : mesures, projections, constructions

 

 

 


Coiffe Krokroti
des Indiens Kayapo Mekragnoti (Brésil)

© Musée d’Histoire naturelle, Lille





 

Mes premier pas dans l’Espace
par Alexei Leonov
Le Courrier de l’Unesco, Juin 1965. © CNES / Unesco

Parmi les documents questionnant ce thème, des manuscrits illustrés du XVe au XVIIe siècle dévoilant les différentes conceptions de l’Univers, des créations artistiques anciennes, modernes et contemporaines inspirées par l’Espace, ainsi que des outils d’observation du ciel et de modélisations du temps, sont dévoilés exceptionnellement.

Thème 3 : tentatives, voyages, errances



 

 


 

Train lunaire par Hervé Arnoul
d’après l’œuvre de Jules Verne De la Terre
à la Lune, 2006
© Bibliothèques d’Amiens Métropole





 

 

 

Constantin – E. Tioskolvski précurseur des Vaisseaux Interplanétaires
par Alexei Leonov
de Philippe Bailhache, 1961. © CNES

Eléments de fusée, procès-verbaux relatant des apparitions mystérieuses dans le ciel, littérature ou encore premier opéra traitant concrètement de l'Espace, sont présentés comme autant de témoins d'une attraction forte pour la thématique spatiale


Thème 4 : résidences, visions, rencontres





 

 

 

Globe de Mars de Percival Lowell,
1903-1909,

© Archives de l'Essonne photo Lisbeth Porcher





 



 

Robot martien,
2006. © CNES

Pour répondre aux interrogations soulevées par ces sujets, les visions utopistes de médiums et d’architectes du début du XXe siècle tels que Kroutikov et Hablik, un robot d’exploration martienne ou encore des échantillons de comète prélevés lors de la mission Stardust, sont exposés.

Si l’histoire de l’exploration spatiale débute avec le premier lancement du satellite artificiel Spoutnik en 1957, puis le premier vol habité en 1961 et Neil Armstrong posant le pied sur la Lune en 1969, l’irruption de l’Espace en tant que lieu et concept trouve ses origines bien au-delà de la seconde moitié du XXe siècle, aussi bien dans la science, les mythes, l’imaginaire et la création. L’histoire n’est ni linéaire ni cloisonnée : l’aventure spatiale ne peut se résumer à la succession de théories, d’essais techniques et de réussites technologiques du monde occidental.

Ainsi cette exposition donne l’opportunité aux visiteurs de découvrir un ensemble d’œuvres inattendues témoignant de la fascination et de l’attrait qu’exerça, de tout temps, l’Espace sur l’Homme. Une sélection de pièces étonnantes et variées, transportera le visiteur dans un voyage intemporel allant de la Préhistoire jusqu’à nos jours, en passant par l’Egypte pharaonique, l’Antiquité, le Moyen Age, la Renaissance ou encore la Révolution industrielle. Un voyage au cœur de notre histoire occidentale et des civilisations extra-européennes.

Par leurs relations privilégiées avec certaines œuvres et éléments exposés, des témoins de ces événements accompagnent, dévoilent et font vivre ces objets pour le public.


Installation audiovisuelle
En complément de cette présentation, un programme audiovisuel diffusé de 11h00 à 15h00 et de 18h00 à 19h00, attire l’attention du visiteur sur l’invention de l’Espace dans l’art à travers la confrontation du regard de scientifiques (astrophysicien, géographe, astronome, biologiste, astronaute…) sur des œuvres majeures des collections muséales françaises comme par exemples :



Représentation d’un corps rond n°2 par Ann Veronica Janssens, accompagnée d'une méditation de Jacques Paul, astronome spatial
(© FNAC/ Musée de Valence – Juan Robert)




L'Apothéose de saint Sébastien par Sebastiano Ricci, accopmpagnée d'une méditation de Jean-Pierre Haigneré, spationaute (© Musée des Beaux-Arts de Strasbourg – Nicolas Fussler)



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