La littérature de l’Espace n’est pas de la science-fiction

Au Bar des Sciences du Salon du Livre, le 16 mars 2008, à l’occasion de la sortie de numéro de la revue Espace(s) n°4, trois des auteurs étaient réunis autour de Gérard Azoulay, directeur de la rédaction. Pendant une heure, Jean-Luc Outers, Roger Wallet et Georges Flipo ont répondu aux questions de Jacques André, de l’Observatoire de l’Espace, sur leur contribution à la revue et leurs interrogations sur une « littérature de l’Espace qui n’est pas de la science fiction », mais qui ne s’y oppose pas non plus...





                  






                    Le Salon du Livre à Paris
                    du 14 au 19 mars 2008

 

 

 

Espace et littérature :
rencontre au Bar des Sciences    



                

 

                    Ecrivains et responsable
                    de la revue Espace(s) n°4
                    dialoguent  face au public


La règle du jeu
Dans un premier temps, Gérard Azoulay a rappelé les conditions de créations auxquels les auteurs de la revue Espace(s) doivent faire face, année après année : écrire une nouvelle en rapport avec l’Espace à partir d’un des dix mots sélectionnés par la Délégation à la langue française, à l’occasion de la Semaine de la Langue Française (en 2008, il s’agissait de apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s’attabler, tact, toi et visage). A cela, il fallait ajouter la contrainte de forme, soit cette année présenté son texte comme un « carnet spatial », c'est-à-dire dans l’esprit des carnets de croquis, carnets de voyage, carnets de bord, carnets web (= blog) et autres carnets intimes. « De terribles contraintes ! » a commenté Jean-Luc Outers en souriant, ce qui n’a pas empêché chacun d’y intégrer son univers.

Points de vue
D’abord interrogés sur leur rapport à la science depuis l’enfance, les auteurs ont montré la difficulté à sortir de l’opposition au domaine littéraire quand on parle de science. Ainsi, Georges Flipo a rappelé combien on était et on est encore catégorisé en « scientifique » ou « littéraire » dès le lycée et en général pour la vie. « En participant à Espace(s), j’ai l’impression d’avoir franchi une frontière », a-t-il ajouté. Pour Roger Wallet et Jean-Luc Outers, les rapports avec la science furent difficiles étant jeunes. Mais la science reste à présent « mystérieusement utile » pour le premier et « proche de l’imaginaire, à la frontière entre mathématiques et poésie » pour le second. Une belle évolution…

Contraintes et adaptations
La seconde question concernait l’écriture face aux contraintes de la revue Espace(s): Roger Wallet a raconté comment le fait d’évoquer un ado fou de modélisme et de micro-fusées l’avait obligé à se documenter sérieusement sur le sujet, et à observer de près le dossier « technique » fourni par l’Observatoire de l'Espace. De même, Jean-Luc Outers a du faire de longues recherches pour son texte centré sur la mesure du temps. Il a raconté sa découverte du « bureau du temps », organe chargé de définir l’heure officielle en Belgique à partir de mesures astronomiques jusqu’à la fin des années 70, avant de disparaître début 80 avec l’arrivée des mesures atomiques. De son côté, Georges Flipo a abordé la difficulté qu’il avait eu à rester dans la littérature de l’espace sans basculer dans la science-fiction, et à construire ainsi un récit « sur le fil », plus philosophique (la place de l’homme dans l’espace) que science-fictionnel (invention d’un autre monde)…

Roger Wallet  

      Georges Flipo

 

      Jean-Luc Outers

Ce qu’ils en ont retiré
Jacques André a ensuite abordé les conséquences de cette expérience spacio-littéraire. Les auteurs ont alors évoqué diverses choses : l’importance du « côté humain de l’aventure scientifique » pour Roger Wallet. La relativisation du monde pour Jean-Luc Outers, pour qui « il existe deux espèces d’espace » a-t-il expliqué en reprenant le mot de Georges Perec, soit « le travail scientifique sur la notion de temps et notre activité humaine quotidienne, qui en dépend ». Enfin Georges Flipo a développé « un autre regard sur le CNES », en constatant que cette institution s’intéressait vraiment à la littérature.

Une revue nouvelle formule
Avant de conclure, Gérard Azoulay a présenté les nouvelles rubriques de la revue Espace(s) comme autant de nouvelles « bornes » à la notion même d’Espace : bornes littéraires (avec les carnets spatiaux et l’interview de Céline Minard sur Le dernier Monde), mais aussi historiques (les textes du XIXesiècle sur l’Espace choisis par l’association La Maison d’ailleurs), plastiques (présentation de l’unique œuvre d’art déposée sur la Lune et de son auteur, Paul van Hoeydonck), du spectacle vivant (travail sur l’apesenteur de Pierre Meunier, auteur et interprète et de Kitsou Dubois, chorégraphe) et musicales (CD sur les résonnances de l’Espace dans la chanson ancienne et contemporaine).


<vide>
<vide><vide><vide>