Fictions européennes

Jeudi 27 novembre 2008, à la Maison de la Poésie à Paris, l’Observatoire de l’Espace a organisé une rencontre avec trois des plumes de Fictions européennes, un ouvrage plurilingue réalisé dans le cadre de la Présidence française de l’Union européenne.



Par un frais midi d’automne, la chaleur dégagée par un beau lieu comme la Maison de la Poésie était la bienvenue ! Dans cet écrin de velours rouge dirigé par Claude Guerre niché passage Molière, à Paris, le public était invité à partager un moment de littérature passionnant avec Patricia O’Nolan (irlandaise), Jose Manuel Fajardo (espagnol) et Franck Adam (flamand). Ces trois auteurs ont participé à Fictions européennes, un hors-série exceptionnel de la revue Espace(s) réunissant trente écrivains issus de vingt-neuf pays européens. Ensemble, ils ont produit trente nouvelles inédites sur l’Espace et l’Europe, de la fable politique à la critique sociale, en passant par le conte merveilleux, l’introspection ou encore le récit onirique. Gérard Azoulay, directeur de la rédaction de la revue Espace(s), a raconté comment, éditées dans leur langue maternelle et en version française, ces nouvelles témoignent tout à la fois des spécificités de chaque langue, de chaque culture, tout en étant accessibles au public francophone. Puis il a précisé que si la rencontre du jour avait lieu à la maison de la Poésie, c’est que le prochain numéro d’Espace(s) parlerait de l’attraction poétique de l’Espace…

 

 

Gérard Azoulay,
José-Manuel Fajardo,
Patricia O'Nolan,
Frank Adam,
Jacques André


Y a-t-il un dieu dans l’Espace ?
La salle a ensuite pu apprécier un sympathique court-métrage sur plusieurs auteurs de Fictions européennes présents lors du lancement de l’ouvrage à Strasbourg, les 22 et 23 octobre dernier, puis Jacques André, de l’Observatoire de l’Espace, s’est tourné vers Patricia O’Nolan. Née à Dublin, cette Irlandaise vit aujourd'hui à Paris où elle enseigne la communication et l'information à l'Institut Français de Presse (Université Paris II). « Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce projet ? » lui a-t-il demandé. « Mon frère, autiste, est persuadé que Jésus Christ est un extra-terrestre. Depuis, influencée par ses questions décalées, je m’interroge beaucoup sur ma place dans l’univers, mon rapport à l’Espace comme à la préhistoire. Quand on m’a sollicitée pour écrire sur l’Espace, je me suis jetée sur l’occasion, et en une semaine, mon texte était bouclé. Il reflète toutes les questions que je me pose depuis des années. Ce fut un vrai délice de l’écrire ! ». La nouvelle de Patricia O’Nolan fait référence à Noémie Klein, à Douglas Adams et son Guide du voyageur galactique, à Samuel Beckett, à Albert Einstein, à Dieu… « Pour moi, Dieu évolue à travers l’être humain. Or l’homme est l’avenir de l’Espace, c’est d’ailleurs pour cela que j’essaye de convaincre mon neveu de devenir astrophysicien depuis ses plus jeunes années… Au final, cette aventure m’a tellement plu que je suis en train d’écrire un nouveau récit sur les thèmes de l’Espace et de l’Histoire », a-t-elle conclu en souriant.


La peur de l’immigration
De son côté, le Belge Frank Adam, romancier pour enfants comme pour adultes, poète, comédien, auteur de pièces de théâtre, d’opéras et de chansons, a bâti depuis quelques années une série de Fables absurdes, avec des personnages récurrents. « Dans le tome 3 de cette série, il existe déjà une fable sur l’Espace. Pour Fictions européennes, j’en ai conçu une autre en m’inspirant du contexte politique bien particulier du moment : en mai 2008, la question de l’immigration et les discours de Sarkozy sur ce sujet faisaient l’actualité. Ma fable exprime donc le sentiment de menace que les Européens ressentent vis-à-vis de l’immigration, et comment cette angoisse est très mauvaise conseillère ». Pour lui, à l’instar de Jules Verne et de Cyrano de Bergerac, la fable est la forme la plus adaptée pour parler d’Espace.

L’Espace garde-frontière
Quant à l’Espagnol Jose Manuel Fajardo, journaliste international et auteur d'essais historiques, de romans, de nouvelles, de poèmes et de livres pour enfants, il a écrit une histoire sur des migrants africains luttant contre la technologie associée à l’Espace (les radars, les satellites) pour franchir illégalement les frontières des îles Canaries, en Espagne, avant de se faire prendre et renvoyer au pays, puis de recommencer leur tentative, créant avec les gardes-frontières un jeu morbide d’allers-retours sans fin. « L’Espace me semble la dernière étape dans un schéma d’hommes explorateurs mus par le désir de trouver leur place dans le monde et de se déplacer », a-t-il expliqué. Loin de la fiction poétique, son texte, très réaliste, joue sur les trois espaces existants : maritime, terrestre et aérien. « L’immigration n’est que trop rarement traitée littérairement. D’autre part, il existe une confusion entre immigration et pauvreté que je voulais absolument dénoncer. Je redoute la « bonne conscience » des Européens en matière d’immigration ». Jose Manuel a ajouté que l’Espace l’intéressait depuis toujours, d’autant plus qu’il était lui-même absolument nul en technique… « Je n’y comprends rien mais cela me fascine, c’est peut-être pour cela que je suis marié à une ingénieure informatique ! », a-t-il avoué en riant. La rencontre s’est achevée autour d’un délicieux buffet, l’occasion pour les plus timides de poser directement leurs questions aux auteurs…



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