L’Espace, source de création poétique ?

Gérard Azoulay, responsable de la revue Espace(s), Claude Guerre, directeur de la Maison de la Poésie, Sonia Chiambretto , Anne Parian, et Mathias Auclair, trois auteurs du dernier numéro d’Espace(s) se sont retrouvés le 14 mars au Bar des sciences du Salon du livre pour dialoguer autour du thème «l’Espace, source de création poétique ?»



 

 

 

 

 

Marie-Odile Monchicourt, animatrice de la rencontre


Point de départ
Cette rencontre a naturellement débutée par la présentation d’Espace(s) n°5. Gérard Azoulay a rappelé au public ce qui forme l’essence de la revue et le cheminement d’écriture proposé chaque année à de nouveaux auteurs : ainsi doivent-ils s’inspirer des définitions relatives aux activités spatiales proposées par l’Observatoire de l’Espace à partir des dix mots sélectionnés lors de la Semaine de la langue française (en 2009, il s’agit des mots : ailleurs, capteurs, clair de Terre, clic, compatible, désirer, génome, pérenne, transformer et vision). Contrainte de forme également, introduite par le thème de la revue l’Attraction poétique, ce qui n’a au final pas du être une tâche si difficile, pour des poètes… « Une commande très sévère » a cependant jugée Anne Parian.



 

 

 

 

 

Gérard Azoulay
et Claude Guerre


Après une brève présentation de la Maison de la Poésie, Claude Guerre a semblé prendre beaucoup de plaisir à se faire l’avocat de la poésie contemporaine. « La poésie n’est pas emmerdante ni dépassée, aujourd’hui elle est vive, drôle et politique ! Les poètes contemporains ont cessé d’écrire sur leur nombril et sur les vieilles choses » s’est-il exclamé.

Tisser une matière poétique
Place aux auteurs, la parole est à Sonia Chiambretto. Elle explique qu’elle travaille sur un projet d’impesanteur avec la chorégraphe Kitsou Dubois. Elle revient de Bordeaux où sa compagnie a effectué un vol en Zéro-G. Elle n’a malheureusement pas pu être le premier auteur à voler, à cause d’un petit souci de santé, mais elle a cependant participé à toutes les préparations. « Je me suis régalée » nous avoue-t-elle. Son texte est un écrit de laboratoire de ce projet avec Kitsou, sous forme de micro-récits, ou elle tente d’inscrire la mémoire du parcours des danseurs ayant volé lors de ce projet.

« Ce n’est pas humain Il y a quelque chose que je n’ai toujours pas compris mon coude était en dehors de mon corps »

C’est ainsi que se termine son récit. Cela montre à quel point en effet en impesanteur la relation avec le corps est différente.

Lorsque Marie-Odile Monchicourt interroge Anne Parian sur ce qu’elle essaye de nous faire partager à travers ses texte, la réponse se fait lapidaire, mais non sans humour : « Rien ».

Anne Parian a choisi d’écrire sur le mot « vision », et pour elle le champ spatial est l’occasion d’une autre écriture, d’une interrogation. « Comment les phrases se reconstituent-elles dans l’espace ? Il n’y a pas de cliché poétique par rapport à l’espace. C’est un champ de travail du langage sur lequel je n’avais jamais travaillé ». Elle nous confie que Le retour est ainsi son texte le plus narratif mais peut paraître aussi le moins expérimental.



 

 

 

 

Gérard Azoulay,
Claude Guerre,
Sonia Chiambretto,
Anne Parian
et Mathias Auclair


Quant à Mathias Auclair, conservateur à la Bibliothèque-musée de l’Opéra, il était à mille lieues de penser que l’on pouvait tracer une évolution de l’espace dans l’opéra, c’est pourtant ce qu’il a fait.

Pour bâtir son dossier « Les voix de l’Espace », il s’est penché sur l’histoire et la littérature issus de l’opéra, mais a cependant admis qu’il ne fut pas aisé de constituer un corpus cohérent sur l’influence de l’Espace dans ce genre inattendu qu’est l’Opéra. Il a bien, pourtant, des « opéras spatiaux ».

Poésie et science sont aux antipodes ! s’est exclamée une personne du public. Et pourtant, en termes de rigueur et de césure, ne se retrouvent-ils pas ? Pour cette personne, il y a un lien entre le raisonnement d’un scientifique et celui d’un poète.

« Ce qui nous intéresse, explique Gérard Azoulay, c’est la circulation, la porosité, ce qui peut servir comme matière poétique. Comment un certain monde va utiliser le jargon d’un autre ? Pour moi, c’est ce qui constitue le nœud de cette aventure ».

Pour Sonia Chiambretto, « écrire, c’est chercher de nouveaux espaces. On ne pense pas au lecteur dans un premier temps, on écrit d’abord pour soi ».

Le mot de la fin revient à Gérard Azoulay: « l’espace engendre un langage, c’est celui que nous cherchons à faire émerger ».
<vide>
<vide><vide><vide>